« Nall, Préfiguration de la donation de l'oeuvre gravé »
24 juin au 31 août 2004

Artiste bien connu dans notre région (il vit une partie de l’année à Vence), Nall s’installe pour l’été 2004 dans deux établissements culturels prestigieux.

La Galerie Municipale de la Marine présente du 24 juin au 31 août 2004, Nall, Paysages, un ensemble de quarante œuvres de l’artiste américain.

Né en 1948 à Troy, Alabama, Nall revendique au travers de l’exposition Paysages ses origines sudistes : « un paysage c'est comme une mémoire, une carte postale qui explique mon imprégnation culturelle, les lieux où j'ai mangé, dormi, vécu". Il quitte son pays à vingt ans pour s’installer à Paris, la mémoire empreinte de réminiscences ségrégationnistes. Il fréquente les Beaux-Arts et rencontre Salvador Dali qui lui prodigue ses conseils. Imprégné de la forte personnalité du maître, il cherche dans ses voyages à travers le monde une inspiration qui le conduit à explorer différentes techniques : dessin, gravure, collage, aquarelle, utilisant et assemblant diverses matières très pauvres comme le sable, les galets, le bois, ou plus sophistiquées comme la feuille d’or, les bois précieux ou la mosaïque.

Portrait -symbolique ou psychologique- natures mortes ou fleurs, et paysages, sont les trois genres constituant l’œuvre de Nall, et représentant selon lui, un spectre au sens intellectuel du terme.

En parallèle le Musée des Beaux-Arts de Nice expose l'œuvre gravé de Nall, préfigurant ainsi une future donation.
Artiste amoureux de la ligne, héritier virtuose du savoir-faire des graveurs, Nall crée des œuvres en dehors des modes.
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En 1978, il découvre l'œuvre symboliste de Gustav-Adolf Mossa, sept ans près la mort de celui qui fut conservateur du musée pendant quarante-cinq ans. Les aquarelles de Mossa de la première décennie du XXe siècle et les gravures de Nall datant des trente dernières années témoignent d'un même souci de précision du dessin.

Entre l'Américain et le Niçois, le dialogue est indéniable. L'œuvre des deux artistes pose des énigmes et engendre des malaises. Il y a lutte face à la mort.
Nall, fortement fasciné par les caractères éphémères de la vie, et par le processus de dégradation dû au temps qui s'écoule, semble plus sensible à la fragilité des créatures et des objets.

GALERIE DE LA MARINE
59, quai des États-Unis – 06300 Nice
Tél. 04 93 62 37 11
Ouvert tous les jours de 10h à 18h sauf le lundi
Entrée libre
MUSÉE DES BEAUX-ARTS
33, avenue des Baumettes – 06000 Nice
Tél. 04 92 15 28 28
Ouvert tous les jours de 10h à 18h sauf le lundi
Tarif entrée 4€, réduit 2,50€

Nall, Paysages
Texte de Alain Renner, Directeur de Sotheby's France

Les paysages de Nall

Ce que l’on a sous les yeux, dans les paysages de Nall, s’enracine dans l’une des singularités les plus anciennes de l’art où la rigueur et la mesure sont au service de la préciosité mystérieuse.
L’impression de bonheur, d’aisance tranquille, liée à une exécution d’où toute trace de conflit paraît absente, à l’inverse de ses portraits, fait reculer l’explication qu’il tente parfois de nous donner. On peut passer devant ses paysages sans les comprendre parce qu’ils donnent trop aisément à voir.
Dans leur assurance tranquille, les tableaux de Nall nous désignent, face à l’horreur et l’inattention, un espace qui n’est pas derrière nous, fait de regrets et de nostalgie, mais un espace proposé comme conquête toujours possible, celui que nous pouvons découvrir au-delà de nous-mêmes, si nous voulons bien y mettre le prix.
Nall a composé un ensemble complet de signes destinés, tel un alphabet, à constituer des paysages, à les animer d'encadrements aux matériaux divers, à décrire l'espace, reprenant ainsi l'idée de la "fenêtre". Il a cette préoccupation de type nominaliste consistant à créer, à la façon des primitifs, un outil descriptif permettant à l'image de devenir moyen de connaissance.
L'œuvre de Nall, mieux que beaucoup d'autres, illustre merveilleusement ces mots de Paul Valéry : "la peinture permet de regarder les choses en tant qu'elles ont été une fois contemplées avec amour".

Paris le 18 avril 2004

Nall, Préfiguration de la donation de l'œuvre gravé
Extraits du texte de Mark Johnson, Directeur du Musée de Montgomery, Alabama

CYCLES DE VIE DE NALL OU LES MÉTAMORPHOSES DE NALL

… Le cycle de la fleur est un microcosme de vie et de conséquences. La fleur est objet de beauté naturelle exquise, mais seulement pour les plus brefs moments. Sa perfection est la définition même de l’éphémère, et, comme chaque fleuriste le sait, l’horloge commence à faire tic-tac dès l’éclosion de la rose. Le cycle inévitable du bourgeonnement, de la floraison et de la mort est rejoué heure par heure, jour après jour à travers le temps…

… La fascination ardente de l'artiste avec le processus de la transformation – naissance, croissance, existence, affaiblissement, la mort, et parfois la résurrection – ressort de façon puissante dans tous les styles d'œuvres comprenant différentes gravures telles que la Trilogie et la Métamorphose d'une Chaussure de Tennis. Dans la première, un triptyque de gravures, Nall représente le déclin de l'Église Catholique à l'heure du Grand Schisme. Utilisant des motifs statiques, un cycle de vie passant à travers une image pour suggérer non seulement la détérioration de l'église et la dernière floraison de l'ascendance culturelle d'Avignon durant l'exil du Pape, mais aussi la promesse de la restauration et de la réunification…

… La philosophie spirituelle de Nall s'est exprimée à travers une grande variété de travaux artistiques pendant des décennies. Cependant, l'artiste a créé dans son art deux séries primaires qui parlent le plus éloquemment du cycle de vie. Ses gravures de fleurs, ainsi que sa seconde série illustrant Alice au Pays des Merveilles de Lewis Caroll, incorporent des éléments spécifiques iconographiques qui rappellent au visiteur le caractère inévitable de la transformation. Nall interprète ce thème antique comme son propre récit distinctif.

Ses compositions florales – l'Orchidée sensuelle, la gracieuse Tulipe fanée, la charmante Pensée – sont émaillées avec les inévitables notes dissonantes, un pétale fané ici, un bulbe fripé et le pistil dénudé là. Dans la vie traditionnelle les sujets sont représentés comme des paradigmes. La fleur idéale est parfaite, sans défaut, congelée dans ce moment de beauté impeccable avant le début de sa mort. Mais les fleurs de Nall sont anti-conformistes. Suggérant la dynamique de la nature, elles sont entourées par le mouvement et les éléments en mouvements. Ces éléments fusionnent et se heurtent sur la feuille, puis se séparent… Chaque étape est identifiée par un fait signifiant de la nature pour le cycle de la vie – le bourgeon, la tige nourrissante, le reste défraîchi contenant les graines de la nouvelle vie. Les "Os" de la plante ne sont pas négligés, avec des morceaux de bois qui nous font penser aussi à des restes humains, un fémur ou peut-être un crâne humain.

La poésie de ces travaux est trouvée dans la forme même. Avec la compétence scientifique d'un illustrateur botanique anglais, combinée avec celle expressive de Kandinsky ou Pollock, Nall assemble de façon magistrale les compositions d'éléments classiques et abstraits dans des tons de noir et brun de sortes que la couleur joue seulement un rôle mineur…

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