« Albrecht Dürer, collections de Nuremberg »
18 septembre - 12 décembre 2004
dans le cadre du jubilé Nice/Nuremberg 1954-2004

- TEXTES - BIOGRAPHIES -


Jeune couple et la mort, (la promenade) vers 1497-1498
Gravure sur cuivre 195 x 121 mm

Albrecht DÜRER,
Collections de Nuremberg

La primauté de la Renaissance italienne aux XVe et XVIe siècles en Europe

Au début du XVIe siècle, l'Italie a atteint, grâce à ses grands maîtres tels Giotto (1226), Léonard de Vinci, Raphaël et Michel-Ange (XVe siècle), une place si prééminente dans le domaine de l'art, qu'elle en déterminera tout le développement en Europe pour plusieurs siècles.

Ni la France, ni l'Angleterre, ni l'Allemagne ne pouvaient alors lui opposer une production d'une valeur équivalente. Il faudra plus d'un siècle avant que la primauté passe de l'Italie aux Pays-Bas, grâce en particulier à Rubens (1577) et à Rembrandt (1630), -pour peu de temps il est vrai- à l'Espagne, avec Bartolomé Bermejo, et vers le milieu du XVIe siècle avec l'arrivée de Diégo de Siloé, à Grenade.
Léonard de Vinci dominait la scène artistique en France et Van Dyck en Angleterre. A la fin du XVe siècle l'Allemagne donne le jour à un maître : Albrecht Dürer (1471- 1528)

Son œuvre n'apparaît pas comme ayant dès l'abord le même éclat et la même puissance de séduction que celle de ses contemporains italiens, son charme opère plus lentement, d'une manière moins apparente, son génie avance sur la voie tracée avec rigueur et réglée jusqu'aux moindres détails par une tradition de métier manuel. Dürer, conscient de la lutte à laquelle il se prépare, et travaillant de façon appliquée et rigoureuse, jour après jour, s'élève par la seule force de sa volonté, se révélant brusquement, vers sa vingt-septième année, comme le Maître de Nuremberg, auteur de l' Apocalypse (ensemble de gravures sur bois), avec qui aucun autre artiste allemand n'ose plus se mesurer.

Dürer : fils de Nuremberg

*Comme beaucoup de graveurs du XVe siècle, Dürer apprend d’abord l’orfèvrerie, avec son père Albrecht l’Ancien établi Nuremberg, ce qui le familiarise avec le burin dès son adolescence. Il est élevé dans le culte et la tradition de la peinture européenne moderne (Jan Van Eyck et Rogier Van Der Weyden). Il sera le premier graveur à Nuremberg.
Un voyage de formation le porte de 1490 à 1494 aux Pays-Bas, en Alsace et en Allemagne (Colmar, Strasbourg, Bâle) au cours duquel il vit de ses dessins et gravures sur bois et ses illustrations de livres. De retour à Nuremberg, il se marie avec Agnès Frey dont il n’eut pas d’enfant. Il mène une vie intellectuelle brillante fréquentant évêques, patriciens (dont l’humaniste Willibald Pirckheimer) et seigneurs de la ville.

Par la suite, il effectue un premier voyage en Italie (1494-1495) à Padoue, Mantoue et Venise où il découvre Mantegna et Bellini. De retour à Nuremberg, où il s’établit en 1495, le jeune Dürer produit une grande collection de gravures qui lui assure un revenu indépendant de ses commandes de peinture (60 gravures sur bois et cuivre), de différents thèmes et formats. Il obtient ses premiers grands succès d’édition en gravure sur bois avec l’Apocalypse de Saint Jean et la vie de Marie .
Après un deuxième voyage en Italie (1505-1507), Dürer mène une carrière florissante à Nuremberg grâce aux commandes publiques de peintures et gravures.

La gravure sur cuivre et la gravure sur bois qui n’étaient alors que des techniques peu abouties, utilisées pour l’illustration ont été portées au rang d’arts majeurs par Dürer, particulièrement pour le cuivre qu’il transcenda.


source : Albrecht Dürer et la gravure allemande, chefs-d’œuvres graphiques du musée Condé à Chantilly

L’étude des proportions

*Attiré par le travail du peintre vénitien Jacopo de Barbari et influencé par le modèle antique de Vitruve, Dürer se consacre à partir de 1500 à l’étude systématique des proportions humaines en étudiant le travail des artistes de la Renaissance, tels Donatello et Léonard de Vinci (d’autres études similaires et intensives ont porté sur le cheval). Il fait un second voyage en Italie de 1505 à 1507 pour fuir la peste et rencontrer les savants et artistes travaillant sur le problème de la perspective.
Ses propres recherches sur la perspective et un grand nombre d’études de nus précèdent la création en 1507 de Adam et Eve ( Madrid, Prado), premiers nus grandeur nature de la peinture allemande.

Dürer a rassemblé dans un livre ses études des proportions, qui ont duré plus de dix ans. Les quatre livres des proportions du corps humain ont parus en 1528, année de la mort de l’artiste. Il publie aussi un traité de géométrie Instruction pour mesurer à la règle et au compas en 1525 et un Traité sur les fortifications, en 1527.

*source : Albrecht Dürer et la gravure allemande, chefs-d’œuvres graphiques du musée Condé à Chantilly
Dr Jutta Tschoeke- responsable de la collection graphique des musées de la ville de Nuremberg,

*L’époque des « gravures de maître » des XVe et XVIe siècles

L’art de la gravure sur cuivre est né en Allemagne vers 1430, les premiers graveurs ne signaient pas encore de leur nom ; aussi les historiens les ont nommés en fonction de leur style (le Maître aux banderoles) ou d’après le titre de leur œuvre principale (le Maître du livre de raison). Progressivement les artistes se mirent à signer de leur monogramme ( Martin Schongauer), mais beaucoup de gravures de l’époque sont restées anonymes.

La gravure sur bois ou taille d’épargne est la technique d’impression en relief du Moyen-âge (les surfaces saillantes obtenues par évidage du bois sont encrées et impriment le papier sous l’action d’une presse), au contraire de la gravure sur métal qui est un procédé d’impression en creux (le papier humidifié va chercher l’encre dans les creux lors de la presse, le trait est imprimé en léger relief).

Entre 1515 et 1518, il est le premier à tester la gravure à l’eau-forte sur fer, méthode de gravure utilisée dans la fabrication d’armures. La pointe sèche (plaque de métal griffée superficiellement à l’aide d’une pointe effilée) est une étape vers l’élaboration de la gravure à l’eau forte, technique apparue vers 1510. La plaque est recouverte d’un vernis protecteur avant le dessin à la pointe sèche, puis soumise à l’action d’un acide -eau forte- qui creuse les parties non protégées par le vernis.
Un dessin spontané et schématique, des effets de lumière hautement dramatiques caractérisent ses six gravures à l’eau forte

Mais c’est surtout dans la technique du burin que Dürer devient Maître : Saint Jérôme dans sa cellule (gravé pas moins de sept fois), et dont la réalisation reste emblématique de son œuvre gravé (1514), ainsi que Mélancolie I et le Chevalier, la Mort et le Diable. Les clairs-obscurs pittoresques, la forme plastique et le rendu pictural y sont d’une maîtrise extraordinaire.
En dehors de leur format similaire, il est peu question d’homogénéité en terme de contenu. Leur point commun est l’étude riche et variée des grandes questions existentielles et philosophiques de l’époque.

*source : Albrecht Dürer et la gravure allemande, chefs-d’œuvres graphiques du musée Condé à Chantilly

*La rencontre avec l’Antiquité païenne

La rencontre avec l’art des débuts de la Renaissance italienne, avec les œuvres d’Andrea Mantegna et d’Antonio Pollaluolo, est décisive dans le développement artistique de Dürer. Les nouveaux thèmes et le nouveau langage des formes du Quattrocento, qui lui ont été enseignés à Venise, jouent un rôle central dans la première phase de son travail de gravure.

Elles ont parfois donné lieu à de nombreuses interprétations, images énigmatiques inspirées par la mythologie païenne antique, avec ses divinités et ses créatures fabuleuses. Son intérêt porte essentiellement sur la représentation du corps nu et sur le langage corporel pathétique. L’étude du monde antique par Dürer est pleine de contradictions. La fascination sensorielle est placée après la réserve morale. Les déesse païennes s’unissent à des diables et des démons. Les scènes mythologiques sont transformées en allégories de la vertu et du vice .

Les représentations chrétiennes du Moyen-âge et païennes de l’Antiquité deviennent des images sombres qui ont constitué une énigme pour les contemporains du Maître. Les nombreuses copies ont cependant connu un grand succès sur le marché.

Source : Dr Jutta Tschoeke- responsable de la collection graphique des musées de la ville de Nuremberg,

*Les trois Passions d’Albrecht DÜRER

Ajoutées à l’Apocalypse, ces trois Passions ont contribué à faire connaître Dürer dans toute l’Europe
Dürer voit dans la représentation de la passion du Christ, la principale mission de la peinture.
Outre les diverses représentations individuelles, il a réalisé trois séries : deux passions sur bois, appelées Petite Passion (37 gravures) et Grande Passion (6 feuilles) et une Passion gravée sur cuivre (16 feuilles).
Les 16 planches de la Passion gravée sur cuivre au format compact et élégant, ont été publiées entre 1507 et 1512 et ne comportent pas de texte d’accompagnement. Johannes Cochlaeus en a fait l’éloge en 1512 : « Il y a des images de la passion du seigneur d’Albrecht Dürer qui sont représentées de manière tellement subtile et avec de telles perspectives que les marchands de toute l’Europe se précipitent pour en acheter ».


L’Apocalypse
Le livre biblique de l’Apocalypse décrit sous forme d’images secrètement codées, le tribunal du monde et l’arrivée d’un royaume des dieux juste. Les visions terrifiantes de la fin du monde sont au centre de l’art moyenâgeux. A cette époque (avant 1500), les guerres, maladies et phénomènes naturels représentaient une réelle menace et étaient interprétés comme des signes annonciateurs de la fin du monde.

Seuls quelques exemplaires de « l’Apocalypse » ont été transmis dans leur format de livre initial. Une gravure sur bois sur une page entière fait face à un texte biblique écrit sur deux colonnes.
DÜRER a traduit ce texte difficile en un langage pictural compréhensible par tous, utilisant des descriptions « naturalistes » détaillées par rapport aux schémas moyenâgeux abstraits. La virtuosité de DÜRER qui conjuguait le dynamisme du trait avec le modelage hachuré sur de grands formats, était d’une grande nouveauté. Il a fait imprimer à son compte en 1498, une version allemande et latine de l’Apocalypse (livre de 8 feuilles).

L’Apocalypse compte parmi les œuvres d’art les plus importantes depuis le Moyen-âge, et jusqu’aux temps modernes.

La Grande Passion
La Grande Passion est une suite de 11 gravures sur bois et une feuille de titre décrivant les souffrances du Christ, à peu près contemporaine de l’Apocalypse. Aux gravures produites entre 1496 et 1499, qui firent d’abord leur apparition sur le marché en feuilles isolées, Dürer en ajouta quatre autres en 1510 (la Cène, l’Arrestation, le Christ dans les limbes, la Résurrection). Publiées sous forme de livre vers 1511, elles sont complétées par le texte (hexamètres) écrit par le moine bénédictin Chelidonius, haut représentant du « Klosterhumanismus » de Nuremberg à partir de poèmes latins. Alors que dans ses premières gravures, de même que dans l’Apocalypse, c’est un tracé puissant et un mouvement dynamique qui prédomine, c’est vers un style nouveau que s’oriente Dürer à partir de 1508 environ. A la suite du second voyage en Italie, il utilise des hachures parallèles et régulières alliées à des surfaces teintées, d’intensités variées, permettant de rendre les ambiances et les différentes lumières du jour. Ce développement s’observe particulièrement dans la Grande Passion qui associe des gravures plus anciennes et plus tardives.


La Vie de Marie

La vie de Marie est le dernier des trois « grands livres » de Dürer. Les 19 gravures (et une feuille de titre) relatent des évènements importants de la vie de la Vierge, de son assomption à son couronnement.
De même que pour les deux autres suites sous forme de livre, les innovations iconographiques importaient peu à Dürer et il s’aligna sur des modèles traditionnels. On y reconnaît des influences de Martin Schongauer et Andréa Mantegna. Les vingt gravures sur bois de la Vie de Marie -de format plus petit que l’Apocalypse et la Grande Passion- datent probablement de 1502 à 1505 et les représentations de la Mort de Marie et de l’Assomption sont de 1510. D’abord parue sous forme de feuilles isolées, la Vie de Marie est éditée sous forme de livre en 1511 en même temps que les deux autres éditions.
Les vers sont écrits en lettres antiques par le moine bénédictin Chelidonius, de fréquentes comparaisons avec les divinités antiques, donnent un cadre classique aux images plus sentimentales avec lesquelles DÜRER décrit les joies et les souffrances de Marie.
Un ton paisible, presque humoristique prédomine, avec lequel DÜRER dépeint son existence sur un mode narratif simple et populaire. Les compositions sont pensées de manière rationnelle et présentent pour la plupart des personnages individuels ou des groupes disposés en figures architecturales.

Source : Dr Jutta Tschoeke- responsable de la collection graphique des musées de la ville de Nuremberg,

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ALBRECHT DÜRER
1471 - 1528

1471 21 mai, naissance à Nuremberg, fils d’Albrecht DÜRER, « l’ancien », originaire de Hongrie (mort en 1502) et de Barbara Holper (morte en 1514)

1484 Apprend l’orfèvrerie auprès de son père

1485 30 novembre : début de son apprentissage chez le peintre Michael Wolgemut

1490 – 1494 Voyages à Colmar, Basel et Strasbourg, illustration de livres

1494 7 juillet : mariage avec Agnès, fille de l’orfèvre Hans Frey et de son épouse Anna, née Rummel. A l’automne, Albrecht Dürer part en voyage à Venise et Innsbruck

1495 En début d’année, revient à Nuremberg et se lie d’amitié avec Willibald Pirckheimer

1497 Première estampe datée : « Les quatre Sorcières »

1498 Parution de l’ « Apocalypse », série de gravures sur bois

1504 Estampe « Adam et Eve »

1505 A la fin de l’été : Départ pour Venise

1506 Achèvement de la « Fête du Rosaire » à Venise. Voyage à Bologne

1507 Janvier : Retour à Nuremberg

1509 14 Juin : acquisition de la « Maison Dürer », place Tiergärtnertor

1511 Editions des gravures sur bois de la petite et de la grande passion, de la « Vie de la vierge ». Deuxième édition de l’Apocalypse

1512 Reçoit une commande de l’Empereur Maximilien 1er de passage à Nuremberg

1515 6 septembre : l’Empereur Maximilien 1er lui octroie une rente annuel de 100 Florins

1517 Automne : séjour à Bamberg

1518 Eté : Dürer se rend au Reichstag à Augsburg

1519 12 janvier : mort de Maximilien 1er à Wels.
Mai ou juin : voyage en Suisse avec Willibald Pirckheimer et Martin Tucher

1520 du 12 Juillet jusqu’à l’été 1521 : voyage aux Pays Bas
Couronnement de l’Empereur Charles V

1522 – 1523 Commande du Reichtag de Nuremberg

1525 Parution de « l’Enseignement de la mesure »

1526 Donation des « Quatre apôtres » au Conseil de la Ville (aujourd’hui Munich)

1527 Termine ses « Quatre livres des proportions du corps humain » (publication posthume) et publie son « traité sur les fortifications »

528 Dürer décède le 6 avril à Nuremberg, il est inhumé au Cimetière « Johannisfriedhof » de cette même ville

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